Lara Fabian rédactrice en chef de Femmes d'Aujourd'hui
Lara Fabian - Toutes les femmes en moi
Lara, douce et émouvante Lara. La sortie de son album le 26 de ce mois, Toutes les femmes en moi, coïncide à merveille avec son passage à la rédaction, avec son envie de parler de la Femme en général, sans langue de bois, de tout son cour. Souriante, attentive, nature, elle s'est penchée sur chaque rubrique. et livrée, un peu.
* Vous voilà de retour après 3 ans d'absence. Je suppose que vous avez pris soin de votre petite Lou, née en novembre 2007. Comment va-t-elle?
Bien. Très bien.
* Ce n'est trop dur de "reprendre"?
C'est à la fois un plaisir et une reprise de marque. Ce n'est évidemment pas un supplice, j'aime profondément mon métier. Je suis sereine et heureuse: quand on devient maman, on voit les choses différemment!.
* Vous démarrez votre nouvelle tournée en Belgique, les 22, 25 et 29/09 ainsi que le 02/10/2009.Pourquoi?
Je l'ai toujours fait! J'aime partir d'un endroit où je me sens chez moi. J'y suis en confiance. Cela m'a toujours porté bonheur. La dernière fois à Forest National, il y avait 9000 personnes, c'est très porteur.
* Ce nouveau spectacle est mis en scène par Gérard Pullicino, votre compagnon dans la vie et le papa de Lou, est-ce un avantage de travailler avec son amoureux?
Cela peut l'être. D'un point de vue professionnel, il est extrêmement compétent: il propose la mise en scène comme une suite d'idées vivantes qui racontent une histoire. Je ne l'ai absolument pas choisi parce qu'il est mon compagnon mais parce qu'il a de réelles compétences.
* Comment est née cette idée?
Elle m'est venue lors d'une conversation avec ma meilleure amie. Elle m'a demandé de résumer pourquoi j'en étais là.Je lui ai parlé de ces femmes de ma vie, celle qui m'a mise au monde bien sûr mais aussi les autres Nicoletta, Nana Mouscouri. Elles ont transformé mon existence, de carrefour en carrefour. Je me suis imprégnée de leur savoir, de leurs croyances, de leur amour. Je ne serais pas ce que je suis si toutes ces femmes n'avaient pas existé.
* Avez-vous dû leur demander leur autorisation pour faire ces reprises?
Ces chansons sont dans le domaine public. Tant qu'on peut reconnaître l'ouvre, il n'y a rien à demander. Par contre, j'ai écrit une lettre à chacune d'elles pour expliquer pourquoi cet album et toute l'affection que je leur porte.
* Ces lettres très touchantes sont dans le dossier de presse. Quelle a été leur réaction?
Je n'ai pas encore de réponse! Certaines m'ont appelée en ayant appris que je faisais une reprise de leur chanson. France Gall en était hyperheureuse. Elle était juste étonnée du choix de "Babacar". Je lui ai expliqué que j'avais ainsi remporté un concours de gymnaste au lycée parce que, pour ma présentation, j'avais opté pour une musique pop de Michel Berger, très différente de celle des autres élèves. J'ai fait pareil ici. Maurane était très surprise de la tonalité heureuse que j'ai apportée à cette chanson, plutôt triste à la base. Elle a trouvé cela intéressant.
* Avec cet album, votre cible change un peu. N'y a-t-il pas 1 petite prise de risque?
J'ai un public très large, de 15 ans à. Au niveau du fond, du contenu, cela parlera davantage aux femmes de mon âge (39 ans) qui ont écouté ces femmes-là jeunes ou à nos mamans. Au niveau de la forme, Simon Climie est un producteur de 2010, pas des eighties. Musicalement, c'est extrêmement moderne, sur 40 ans de chansons, pour la plupart de grands standards.
* Le premier single sera "Soleil Soleil", une chanson de Nana Mouscouri. C'est vrai que Nana a interrompu son tour de chant lors d'un concert pour recevoir le bouquet de fleurs que, gamine, vous lui tendiez alors?
Aujourd'hui encore, elle s'en souvient parfaitement! des jonquilles en petit bouquet tout rond, sans papier. Nana n'a pas hésité à sauté dans un avion depuis Genève pour apparaître dans mon clip "Soleil, soleil", les 10 dernières secondes. J'en suis touchée à l'extrême.
* Votre lettre à Dalida donne un peu l'impression que vous avez eu envie de vous suicider vous aussi.
Il y a une chanson sur mon album "Nue", "Parce que tu pars", c'est de moi qu'il s'agit. On le fait et on rate l'histoire. Je suis convaincue qu'on échoue dans cet acte parce qu'on est beaucoup plus accroché à la vie qu'on ne veut bien le dire. Celui qui souhaite vraiment le faire ne se rate pas.
* Françoise Hardy vous a en quelque sorte sauvé la vie, d'où ce "Message très personnel" (un titre de l'album).
Après notre conversation, dans les coulisses d'une émission, ce soir-là -c'était la même période, je n'allais pas bien- pour la première fois depuis longtemps, j'ai eu envie de rester. A l'époque, j'étais très critiquée, j'avais l'impression de n'être pas à ma place. Cette femme extraordinaire m'a percée à jour.
* "Coincé" entre les reprises, il y a TLFM, une chanson écrite et composée par vous. Pourquoi?
Elle représente l'album. C'en est le corollaire. Modestement, je voulais parler de la place de la femme dans la société, de notre complémentarité avec l'homme. Non sans humour: d'ailleurs, je slame quand je dis que Dieu est une femme.
* Vous êtes à moitié belge et avez vécu ici votre enfance, en grande partie. Femmes d'Aujourd'hui doit bien évoquer un petit quelque chose?
Enfant, j'ai vécu jusqu'à 6 ans en Sicile, puis ici, à Bruxelles, jusqu'à 19 ans. Je suis alors partie au Canada. J'ai repris contact avec la réalité de mon pays à 35 ans, quand je suis revenue y vivre. Je le lis de temps à autre: ma maman l'achète et je le récupère. Sa vertu est d'être multigénérationnel, pas que pour les mamans ou les working girls ou les fashionistas. Femmes d'Aujourd'hui propose "de tout". Ce magazine n'est pas sectaire mais décloisonné. J'ai déjà surpris pas mal de garçons avec Femmes d'Aujourd'hui en mains (rires).
* Quelles sont vos rubriques préférées dans la presse féminine?
En ce moment, je lis tout ce qui touche aux femmes dans le sens le plus profond du terme, tout ce qui soulève les consciences. Entre la rubrique fashion et celle qui conseille le meilleur institut de beauté, j'aime trouver un article sur la condition féminine chez les Talibans, par exemple. Il y a des moments où ça me saoule d'avoir de jolies fesses, je voudrais savoir où les poser pour changer les choses.
* Si vous n'étiez pas chanteuse, auriez-vous pu être journaliste?
Oh non. Pas parce que je n'aurais pas voulu savoir de quoi est faite la vie des autres car c'est mon moteur mais parce qu'il y a un aspect intrusif dans ce qu'est devenu le journalisme. Demandez à quarante de mes collègues, elles vous diront la même chose: on ne m'interviewe pas pour ce que j'amène ou ce que je porte en moi mais pour la parallèle, mes fringues, le mec que j'aime, ma fille. Il a fallu que je comprenne cela et que je trouve une façon d'y répondre avec sincérité et pudeur. Je n'aurais pas pu être journaliste pour faire semblant de m'intéresser aux autres et procéder à un pillage sensationnaliste! Ceci dit, il y a de merveilleux journalistes de terrain qui vont jusqu'à risquer leur vie pour cette quête d'infos..
* Notre lectrice Muriel dont vous avez réalisé le rêve en partageant un repas avec elle vous remercie encore. Vous rencontrez souvent vos fans?
Non, pas comme ça. Chaque fois que je croise quelqu'un quand je prends ma voiture ou à la sortie d'une radio, je le salue mais il est rare que je me déplace pour rencontrer un fan une heure. Simplement parce que je n'en ai pas l'occasion.
Interview "Côté sombre"
* Vous êtes si douce, posée et réellement gentille que j'ai envie de lever un coin du voile sur votre côté obscur. Avez-vous déjà volé dans un magasin?
"J'avais dix ans, innocemment, j'ai volé un petit bracelet blanc. Ils ont appelé ma maman et je me suis faite déchirer! La bonne nouvelle, c'est que forcément je ne l'ai plus jamais refait! Maman m'a dit que depuis ce jour, quelque chose avait changé dans mon regard: la peur.
* Quelle a été votre dernière "méchante pensée"?
Cela s'est passé lors d'un tournage long de 8 heures que je n'ai pas pu contourner. A la fin, je suis partie le plus élégamment possible, j'avais envie de mettre le feu au plateau, au sens propre du terme. Je ne comprends pas le manque de respect.
* Quel péché vous tente le plus?
La gourmandise peut-être. Mais elle ne doit pas être forcément haut de gamme. Pas plus tard qu'hier, j'ai savouré une petite "souris" de Côte d'Or dans le Thalys, à 23h00. Ce n'était pas raisonnable mais ça m'a fait plaisir.
* Qu'avez-vous fait qu'on ne sache pas?
Plein de choses. Je suis plutôt maladroite: je me suis appuyée sur une table chez un ami, sauf qu'il y avait son gâteau d'anniversaire juste posé à cet endroit. J'ai également laissé mon portable échapper de ma poche en allant aux toilettes. Dans un registre différent, j'ai aussi appelé la police parce que j'étais persuadée qu'on avait trafiqué ma serrure de voiture alors que la mienne était garée quelques mètres plus loin que celle sur laquelle je m'acharnais (la même que la mienne bien sûr)...